Opera buffa en deux actes
Musique de Wolfgang Amadeus Mozart
Livret de Lorenzo da Ponte

Direction musicale : Arie van Beek
Etudes musicales : Teresa Berganza
Mise en scène : Pierre Thirion-Vallet
Assistant mise en scène : Cédric Veschambre
Costumes : Véronique Henriot et l’Atelier du Centre lyrique
Décor : Frank Aracil
Lumières : Charles Osmond
Surtitrage : David M. Dufort
Maquillages et coiffures : Agnès Donatella
Chef de chant : Philippe Marty
Chef de chant et clavecin : Lorenzo Feder
Fiodiligi : Anna Kasyan
Dorabella : Magali Paliès
Despina : Liliana Faraon
Ferrando : Julien Dran
Guglielmo : Mikaël Guedj
Don Alfonso : Matthieu Lécroart

Ensemble vocal du Centre lyrique

Orchestre d’Auvergne

Clermont-Ferrand, Maison de la Culture
vendredi 5 et dimanche 7 mars 2010
Mérignac, Le Pin Galant
mardi 9 mars 2010

 


Intention de mise en scène

Pour ce « Dramma giocoso », pas si « giocoso » que cela, il faut un décor plus symbolique que réaliste, éviter la belle terrasse sur la non moins spectaculaire baie de Naples ! Così est un drame avant tout psychologique : comment le représenter au mieux ? Il y a un pari un peu fou, qui est pourtant celui de la vie, un jeu de masque (les choristes seront tous masqués) sur un théâtre dans le théâtre. Fixer une époque ? Le 18ème siècle finissant bien sûr : l’histoire mais plus encore l’atmosphère générale et la géniale musique de Mozart, imposent cette période de grands bouleversements, comme la fin d’un cycle et l’espoir d’un nouveau. L’hommage au 18ème siècle se retrouve dans les costumes, blancs d’abord pour les quatre jeunes gens – virginité plus revendiquée que réelle car ces adolescents ont sans doute déjà « fauté » – et qui se teintent de couleurs pastel dont les correspondances ne laissent planer aucun doute sur la validité des vrais couples…Un 18ème siècle qui pointent également son nez par l’utilisation de toiles peintes en fond de scène (laissant un passage central pour Don Alfonso, les choristes, les garçons et enfin les deux femmes après leur « chute ») et à l’avant-scène comme rideau de ce théâtre dans le théâtre sur lequel défile – concession à la modernité – le générique initial déclenché par Don Alfonso.

Car celui-ci est le chef d’orchestre, le metteur en scène ou plutôt le metteur en « émotion » de cette pièce. Là, il se venge et jouit de cette cruelle leçon administrée à quatre écervelées parce que c’est sa philosophie, parce qu’il a toujours vécu ainsi ou qu’il n’a jamais pu entrer dans le moule d’une société chrétienne hypocrite. Son costume déclinant toutes les teintes de rouge sombre se marie à un maquillage outrancier et une perruque démesurée, coquetteries de ce Don Juan vieillissant. C’est lui qui frappe les trois coups après la première scène et qui nous fait découvrir un plan incliné de facture artisanale, sorte de tréteau sur lequel les femmes sont alanguies dans de confortables méridiennes en deux parties – un fauteuil et un repose-pied. L’ambiance est encore virginale et artificiellement claire – aucun nuage à l’horizon jusqu’au retour de Don Alfonso et sa terrible annonce du départ des garçons (accompagné par la disparition de deux portraits et des deux panneaux latéraux d’avant-scène). Ce décor éclatera à l’acte 2, en quatre parties, créant une sorte de labyrinthe et isolant à cour et jardin les deux espaces des femmes avec un fauteuil renversé, une pomme au sol, un tissu froissé – espaces de leur chute prochaine et référence directe au « Verrou de Fragonard ». Et Despina dans tout cela ? Son antre est à l’avant-scène sous une trappe – sorte de trou du souffleur pour ce théâtre des émotions. C’est bien là le rôle que Don Alfonso lui destine. Elle y vit, y invite des choristes et même Don Alfonso pour des parties…fines. Cette journée est une aubaine pour elle : sorte de Don Alfonso en jupons, elle pourra crier au grand jour sa soif d’indépendance qui vire bien souvent au libertinage. Très naturellement, son costume s’approche des tonalités de celui de Don Alfonso. Les deux plateaux latéraux s’effaceront dans les cintres pour laisser place à la cérémonie du mariage double – pas celui espéré par Guglielmo – faisant apparaître deux forêts de pommes suspendues plus symboliques que décoratives. Enfin, les couples initiaux déniaisés par cette rude journée, se reformeront sous une pluie de pétales mais les attitudes de chacun diront les difficultés qu’ils vivront – de la brutalité de Guglielmo à la légèreté de Dorabella et, point central de la pièce, l’amour profond de Fiordiligi et Ferrando. Comment arriveront-ils à gérer tout cela ? Mystère…

Un décor évolutif conçu comme le 7ème personnage d’une pièce explorant les méandres de l’âme humaine : il devance et accompagne les chocs émotifs puis se referme après un rapide final où pointe le rire désabusé de Don Alfonso… ou bien du divin Mozart ?

 


La presse

 


Photos


Photos de Ludovic Combe